La nutrition comme moyen de réduire les effets négatifs du stress thermique chez le porc


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Ces pertes correspondent aux jours improductifs des truies et à celles enregistrées chez les porcs à l’engraissement et en finition. Le problème se pose même sous des climats tempérés comme celui des Pays-Bas où le stress thermique est responsable d’une diminution des performances des porcs (Figure 1).

Croissance grammes/jour


Figure 1. Variations saisonnières et impact du stress thermique sur le porc sous des climats tempérés.

Un stress thermique plus important chez le porc

Les porcs sont beaucoup plus sensibles à la chaleur que les autres animaux de rente, essentiellement parce qu’ils ne transpirent quasiment pas et que leurs poumons sont relativement petits par rapport à leur corps. Lorsqu’ils sont soumis à un stress thermique, leur fréquence respiratoire s’accélère, la fréquence cardiaque chute, ils commencent à haleter fortement et ils s’arrêtent de manger parce que cela augmente encore davantage la température corporelle. La sensibilité au stress thermique est d’autant plus grande que les porcs sont lourds, ainsi que le montrent clairement les paramètres de performances de croissance. L’étude de différentes classes de poids (75, 80 et 28 kg de poids vif) a révélé une corrélation négative directe sur le gain moyen quotidien (GMQ) suite à une température ambiante en augmentation. Si les porcs de 75 kg commencent à présenter une baisse de leur GMQ à environ 23 °C, ceux de 25 kg peuvent compenser le problème jusqu’à des tempéra- tures de 27 °C (Langridge, Australie occidentale, 2014). La fourchette de températures couramment admise en maternité est habituellement comprise entre 21 et 25 °C, bien que ces températures soient trop élevées. Les truies en post-sevrage commencent à présenter des signes de stress thermique à 22 °C (Tableau 1). L’ingestion diminue de près de 0,5 kg/jour au fur et à mesure que la température s’élève pour atteindre 25 °C


Table 1. Effet de la teneur en protéines de la ration sur le comportement des truies allaitantes dans des conditions de confort thermique et de stress thermique (Noblet et al., 2000).

Des effets négatifs sur le système digestif et le système immunitaire

Les eff ets du stress thermique peuvent s’expliquer par des modifi cations de la barrière intestinale. Une atteinte de la barrière intestinale due à un stress thermique risque d’entraîner une augmentation de la perméabilité aux endotoxines, éventuellement à l’origine de lésions locales ou systémiques ou de réactions infl ammatoires (Lambert, 2009) (Figure 2).


Figure 2. Réactions des porcs à l’augmentation des températures (récapitulatif).
Source: BIOMIN

Une augmentation signifi cative des concentrations sériques en endotoxines a été mise en évidence par Pearce et al. (2013) chez des porcs exposés à un stress thermique important (35 °C, 24 à 43 % d’humidité) pendant 24 heures. Il est en particulier possible d’établir un lien entre les eff ets observés sur la production de lait et les endotoxines circulantes. Des auteurs ont en eff et rapporté que les endotoxines diminuaient les concen- trations plasmatiques postpartum de prolactine (Smith and Wagner, 1984), ce qui a un impact négatif sur le développement des porcelets.

Traiter la question du stress thermique par l'alimentation

Les solutions techniques destinées à réduire le stress thermique sont souvent chronophages et demandent des investissements qui nécessitent des capitaux importants, par exemple la construction de bâtiments dotés d’un système de ventilation/refroidissement. Une approche nutritionnelle peut se révéler plus facile à adapter et plus rapide à mettre en oeuvre. Sur la base des connaissances actuelles, il est possible d’agir sur certains points en vue d’améliorer la productivité en période de stress thermique.

Gestion de l'alimentation

  • Repas de taille réduite mais plus fréquents dans la journée et/ou repas la nuit.
  • Mise à disposition d’eau propre et fraîche en quantité suffi sante. Élimination de la croissance bactérienne dans l’eau par l’ajout d’acides, tels que Biotronic® SE forte liquid ou Top sous forme liquide, pour éviter les infec- tions dans tout le système de distribution.

Intervention au niveau des rations

  • Ajouter de l’eau à l’aliment.
  • Préférer un aliment en granulés à un aliment en purée.

Diminution de l’apport en protéines brutes

Lors d’une étude menée chez des truies allaitantes soumises à un stress thermique, Noblet a montré que la perte de poids était moins prononcée lorsque la teneur en protéines brutes de l’aliment était réduite (voir Tableau 1 : Noblet et al., 2000). Ceci s’explique notamment par le fait que, pendant la digestion, les protéines génèrent davantage de chaleur métabolique que les lipides (26 % contre 9%), en raison des réactions complexes intervenant dans le métabolisme des acides aminés qui les composent (Church and Pond, 1982).

Remplacement de l’amidon par des matières grasses comme source d’énergie

Les graisses sont d’excellentes sources d’énergie pour les porcs, car elles leur permettent de compenser une ingestion plus faible. Elles sont également plus faciles à digérer et génèrent moins de chaleur métabolique pendant la digestion, comparé à l’amidon.

Réduction de la teneur en  bres

La digestibilité d’un aliment est d’autant plus mauvaise que sa teneur en fi bres est importante. Les fi bres non digérées parviennent au gros intestin où elles stimulent la croissance des micro-organismes qui génèrent la chaleur au cours du processus de fermentation.

Maintien d’un équilibre électrolytique correct

La détresse respiratoire augmente au fur et à mesure que la température monte. Lorsque la respiration est plus rapide, le dioxyde de carbone est éliminé de la circulation sanguine en quantité plus importante avant d’être expiré. Ce phénomène modifi e le pH sanguin, entraînant une acidose métabo- lique et une ingestion réduite. Les « tampons » sanguins comme le bicarbonate de sodium ou le potassium peuvent restaurer l’équilibre électrolytique et favoriser l’ingestion.

Utilisation de Digestarom® pour aider la digestion des protéines

Certains produits à base de plantes peuvent stimuler la sécrétion enzymatique et réduire les pertes protéiques en diminuant la réponse infl ammatoire du porc. Réalisée chez des truies allaitantes soumises à un stress thermique en Th aïlande, une étude a révélé une augmentation de près de 10 % de l’ingestion grâce à l’utilisation d’un produit phytogénique, Digestarom® P.E.P., ce qui a permis une réduction de 20 % de la perte de poids aux diff érents rangs de parité (Figure 3).


Figure 3. Digestarom® améliore l’ingestion chez les truies.
Source: Khon Kaen University in Thailand, 2008

Lutte contre les toxines qui ont un impact négatif sur la santé des animaux

Un temps chaud et humide renforce le risque de conta- mination par les mycotoxines sur le terrain et pendant le stockage des aliments. Les coups de chaleur sont souvent à l’origine de stress hépatique.

En général, cela prend la forme d’une mauvaise utili- sation des nutriments et/ou d’une inflammation chronique du foie. Il est important de faire en sorte que le foie reste aussi sain que possible et de lui éviter tout stress supplémentaires dû à la présence de toxines, comme des mycotoxines par exemple. De nombreuses études ont montré l’eff et négatif du stress thermique sur la prolifération des endotoxines au niveau intestinal.

Une augmentation significative des concentrations sériques en endotoxines a été mise en évidence par Pearce et al. (2013) chez des porcs exposés à un stress thermique important (35 °C, 24 à 43 % d’humidité) pendant 24 heures. Des additifs innovants comme Mycofix® permettent de lutter contre les principales mycotoxines et de diminuer la production de cytokines pro-infl am- matoires.

Conclusion

Le stress thermique aff ecte les performances des porcs une grande partie du temps, dans les régions tropicales, et, de façon saisonnière, dans les régions plus tempérées.

S’il existe de multiples manières d’améliorer la conduite d’élevage et l’alimentation pour faire face au stress thermique, les techniques énumérées ci-dessus (qui se basent sur les connaissances scientifi ques actuelles) constituent un bon point de départ. Ces connaissances refl ètent plus particulièrement l’intérêt qui est porté à la réduction des toxines et de l’infl ammation gastro-in- testinale dans ces conditions de stress. Les meilleures stratégies associent différents modes d’action ou techniques qui réduisent le stress subi par les animaux, améliorent leurs performances et se traduisent par de meilleurs résultats économiques pour les éleveurs.