L’importance de la santé intestinale dans un mode de production sans antibiotique


Photo: Stepanyda

Parallèlement à l’évolution de l’opinion du consommateur et du législateur au cours des dernières années, on constate une augmentation du nombre de volailles élevées sans antibiotique. Tandis que le recours aux antibiotiques facteurs de croissance est déjà interdit dans plusieurs dizaines de pays, une forte augmentation de la demande en produits exempts d’antibiotique a été constatée dans de nombreux pays dans lesquels cette interdiction n’est pas encore en vigueur. La principale difficulté que rencontrent les éleveurs lors de la mise en œuvre d’un mode de production sans antibiotique consiste à préserver la santé intestinale des volailles afin d’éviter l’apparition d’une entérite nécrotique, l’une des maladies les plus fréquentes et les plus désastreuses d’un point de vue financier, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 50 % en l’absence de traitement médicamenteux dans l’alimentation.

Moins d’outils dans l’arsenal thérapeutique

Les programmes de production sans antibiotique standard interdisent l’usage de plusieurs agents antibactériens, dont les antibiotiques facteurs de croissance, les antibiotiques à visée thérapeutique et les ionophores. Les antibiotiques facteurs de croissance sont ajoutés à l’alimentation de manière continue, à faible concentration (sous-thérapeutique), afin d’améliorer les performances et l’uniformité des volailles, de réduire les infections bactériennes et les affections subcliniques, et de renforcer la santé des volailles. Les antibiotiques à visée thérapeutique sont utilisés pour traiter les affections bactériennes en raison de leur capacité à entraver la croissance des bactéries, à condition qu’ils soient utilisés à la concentration recommandée et que le micro-organisme visé ne soit pas résistant. Le traitement des foyers cliniques permet de raccourcir la durée de la maladie et de limiter la propagation des bactéries, avec à la clé une baisse de la mortalité. Les ionophores sont une famille d’antibiotiques uniquement utilisés pour prévenir la survenue d'une coccidiose, un facteur bien connu prédisposant à l’entérite nécrotique .

Changer de stratégie

En raison de l’interdiction d'utiliser ces « outils » au sein des programmes de production sans antibiotique, il est parfaitement légitime que les éleveurs s’interrogent sur les performances des volailles, l’uniformité des lots et l’incidence des maladies, notamment de l’entérite nécrotique et autres infections bactériennes. En outre, puisque les lots qui ont reçu un traitement antibiotique doivent être retirés de ce type de production, les éleveurs hésitent à traiter les volailles et à compromettre ainsi leur statut « sans antibiotique », ce qui peut entraîner des problèmes de santé et de bien-être, et augmenter la mortalité par maladie. Plusieurs facteurs, parmi lesquels les pratiques d’élevage, les facteurs nutritionnels, la coccidiose et la contamination par des mycotoxines, peuvent avoir un impact considérable sur la prolifération de Clostridium perfringens et sur la réussite du passage à un mode de production sans antibiotique (figure 1).


Figure 1. Facteurs influençant le développement de l’entérite nécrotique.

Pratiques d’élevage

TLa pression bactérienne environnementale constitue l’aspect le plus important à prendre en compte. Plusieurs facteurs sont connus pour augmenter le risque d’exposition bactérienne. Parmi ces facteurs, citons l’altération de l’état de santé des reproducteurs, les mauvaises conditions d’hygiène au niveau du couvoir et des œufs, une rotation entre deux lots trop rapide, l’augmentation de la densité des animaux, la mauvaise gestion des litières et la contamination par l’intermédiaire du personnel, des visiteurs et des véhicules circulant au sein de l’exploitation.

Facteurs nutritionnels

L’alimentation est un facteur de risque majeur, à l’impact considérable sur l’incidence de l’entérite nécrotique chez les poulets de chair. Les protéines alimentaires indigestes, comme celles présentes dans les produits d’origine animale (viande et farine d’os ou de poisson), ne peuvent pas être digérées et absorbées au niveau de la partie supérieure du tube digestif.

Elles s’accumulent dans la partie inférieure et peuvent alors servir de substrat pour le microbiote intestinal. La fermentation des protéines génère la production de sous-produits délétères comme les amines et l’ammoniac, ce qui augmente le pH intestinal et favorise la prolifération des bactéries pathogènes.

Contrôle de la coccidiose

La coccidiose, qu'elle soit d'origine naturelle ou liée à l’administration d’un vaccin contre la coccidiose, peut entraîner des lésions au niveau de l’épithélium intestinal ce qui permet aux protéines plasmatiques d’intégrer la lumière intestinale, un substrat nutritionnel riche dont se sert C. perfringens pour proliférer et produire des toxines. Ce phénomène peut diminuer les performances des volailles et les prédisposer à l’entérite nécrotique.

Suite à la suppression des ionophores, le contrôle de la coccidiose repose désormais sur l’utilisation de coccidiostatiques non antibiotiques ou de vaccins contre la coccidiose, ou plus probablement sur l’alternance des deux. Malheureusement, de nombreux coccidiostatiques peuvent entraîner des résistances et, contrairement aux ionophores, ils ne possèdent pas de propriétés antibiotiques.

Clostridium perfringens
Clostridium perfringens
Photo: decade3d

Contamination par des mycotoxines

Les mycotoxines, métabolites fongiques toxiques, produites par des moisissures fréquemment retrouvées dans de nombreux composants de l'alimentation destinée aux volailles, peuvent avoir un impact négatif direct sur l’intégrité intestinale, diminuant ainsi l’absorption et la digestion des nutriments alimentaires, et augmentant la perméabilité de la barrière intestinale. La diminution de l’absorption des nutriments et le passage des protéines plasmatiques dans la lumière intestinale, lié à la présence d’une brèche intestinale, se soldent par une augmentation de la concentration en protéines dans la lumière intestinale, offrant ainsi un substrat favorable à la prolifération de C. perfringens. Les mycotoxines ont également un effet délétère sur l’immunité et sont étroitement liées à la survenue d’infections entériques.

Solutions pour une bonne gestion de la santé intestinale

L’adoption de pratiques d’élevages rigoureuses contribue à limiter l’exposition des volailles à certaines conditions favorables au développement de C. perfringens (tableau 1). Plusieurs facteurs, parmi lesquels l’état de santé des reproducteurs et les conditions d’hygiène au niveau du couvoir et des œufs, doivent être surveillés et maintenus à un niveau optimal afin d’éviter toute contamination bactérienne dans le couvoir.

Table 1. Facteurs influençant la santé intestinale.

Le fait de bien respecter la durée de préparation des bâtiments et de vide sanitaire entre deux lots de volailles permet de réduire les populations bactériennes et d’éviter une contamination bactérienne d’un élevage à l’autre. La bonne gestion des litières et la réduction de la densité des animaux contribuent également à limiter le risque d’exposition bactérienne et à diminuer l’excrétion d’oocystes de coccidies (grâce à une litière moins humide). En outre, il est essentiel d’établir et de maintenir un programme de biosécurité efficace concernant les mesures d’hygiène du personnel, des visiteurs et des véhicules circulant au sein de l’exploitation afin d’éviter toute contamination provenant de l’extérieur.

La période suivant l’éclosion a une importance capitale dans le développement du tractus intestinal du poussin. En effet, les modifications intervenant au cours de cette période dépendent totalement de la qualité de la colonisation microbienne. L’utilisation de probiotiques dans le couvoir constitue une opportunité idéale pour les bactéries bénéfiques de coloniser le tube digestif des poussins avant toute exposition à des bactéries et champignons potentiellement pathogènes dans le bâtiment dédié aux poulets de chair, ce qui contribue au développement du tube digestif et à la protection des poussins contre les infections entériques. L’une des solutions permettant de réduire la croissance et l’activité bactériennes consiste à limiter l’accès des bactéries aux protéines, une source nutritionnelle essentielle. De nombreux éleveurs passent à une alimentation exclusivement végétale, par exemple.

Il est également possible de rendre les nutriments plus digestes de manière à ce qu’ils puissent être absorbés et utilisés par l'animal plutôt que par le microbiote. Certains additifs alimentaires phytogéniques parviennent à augmenter l’activité enzymatique digestive endogène, ce qui permet à l’animal de mieux dégrader puis absorber les protéines et autres nutriments, les rendant ainsi indisponibles pour le microbiote. Le fait d’enrichir l’alimentation en enzymes protéolytiques exogènes peut également contribuer à dégrader l’excès de protéines.

Les probiotiques et les additifs alimentaires phytogéniques, associés ou non à des coccidiostatiques ou des vaccins, peuvent contribuer à atténuer les effets négatifs de la coccidiose. Il a été démontré qu’ils permettent de réduire l’excrétion des oocystes, la gravité des lésions intestinales et l’impact négatif sur les performances, révélant ainsi leur statut « d’anticoccidien »­ prometteur.

La contamination par des mycotoxines représente également une sérieuse menace pour la production mondiale d’animaux d'élevage. Étant donné les nombreux effets nocifs des mycotoxines, l’adoption d’un programme de gestion des mycotoxines efficace est indispensable à la protection de l’intégrité intestinale des animaux.

Conclusion

La santé intestinale et la prévention de la coccidiose et de l’entérite nécrotique sont les principales difficultés rencontrées par les éleveurs lors du passage à un mode de production sans antibiotique. Dans ce contexte, un changement de stratégie s’impose. En effet, il n’existe pas de solution unique permettant de remplacer les antibiotiques. De nombreux ajustements sont nécessaires et il est essentiel d’adopter un programme de santé intestinale rigoureux afin d’assurer la réussite de cette entreprise.

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