Les mycotoxines chez les vaches laitières en 10 leçons, à travers une étude de cas

10 Lessons on Mycotoxins in DairyEn possession de ces informations, il a décidé d’uti­liser un additif (Mycofix®) désactivant des mycotoxines, à raison de 20 à 25 grammes par animal et par jour. Plusieurs mois sont passés sans aucun problème notable. Mais son projet de construction d’un nouveau bâtiment s’est heurté à d’importantes difficultés à cause de la chute du prix du lait et de l’augmentation de la pression exercée sur les coûts de production, l’incitant à abandonner son programme de gestion des risques liés aux mycotoxines par souci d’économie. En quelques jours seulement, le taux d’avortement au sein de l’élevage a augmenté de manière considérable. Seules quelques traces de mycotoxines ont été retrouvées dans la ration totale mélangée, indiquant que l’ensilage de luzerne utilisé est probablement à l’origine de la contamination. L’éleveur a alors recommencé à utiliser Mycofix® à la même dose qu’auparavant et la situation est redevenue normale en quelques jours.

Ce cas révèle 10 notions importantes concernant les mycotoxines en élevage laitier.

1. Les aflatoxines ne sont pas les seules menaces

Les problèmes de reproduction observés dans ce cas étaient probablement liés à la présence de zéaralénone, une mycotoxine à l’action oestrogénique puissante, responsable de nombreux troubles de la reproduction. Les aflatoxines, la zéaralénone, le déoxynivalénol, la toxine T2, les fumonisines et l'ochratoxine A sont quelques unes des mycotoxines les plus couramment présentes dans les aliments, les céréales et les ensilages. Les seuils de risques de toxicité de ces mycotoxines les plus connues ainsi que leurs effets sur les animaux sont repris dans le tableau 1.

Tableau 1: Principales mycotoxines et leurs dangers pour les bovins.

MycotoxineSeuil de risque (ppb)Effets
Aflatoxine2
  • Perte de poids et diminution du GMQ
  • Dysfonctionnement ruminal
  • Altération de la santé de la mamelle, augmentation des cellules somatiques dans le lait
  • Baisse de la résistance aux facteurs de stress environnementaux et microbiens ; sensibilité accrue aux maladies
Zéaralénone100
  • Infertilité, baisse du taux de conception
  • Hypertrophie des trayons
  • Hypertrophie des glandes mammaires chez les génisses non inséminées
  • Infections du système reproducteur
Déoxynivalénol300
  • Dysfonctionnement ruminal
  • Diarrhées
  • Troubles métaboliques, mammite, métrite
  • Boiterie
Toxine T2100
  • Perte d’appétit
  • Gastro-entérite
  • Diminution de la production laitière
  • Diminution de la réponse immunitaire
Fumonisines1000
  • Diminution de la production laitière et augmentation des enzymes hépatiques
Ochratoxine A80
  • L'ochratoxine A (OTA) est une mycotoxine néphrotoxique à laquelle les ruminants sont beaucoup moins sensibles que les espèces non ruminantes

Source: BIOMIN

2. La moindre sensibilité des ruminants à certaines mycotoxines n'est pas synonyme de protection

On s’imagine souvent à tort qu’en raison de la sensibilité moins élevée des vaches aux mycotoxines par rapport à d’autres espèces d’animaux de rente, l’adoption d’un programme de gestion des risques liés aux mycotoxines est facultative ou uniquement néces­saire en cas d’exposition importante à des mycotoxines. L’étude de cas que nous avons présentée et les éléments figurant dans le tableau 1 nous montrent le contraire. De nombreux éleveurs laitiers du monde entier ont vécu la même situation, abandonnant leur programme de gestion des risques liés aux mycotoxines en cas de baisse du prix du lait ou d’augmentation des coûts de production, pour se retrouver confrontés ensuite à des problèmes inattendus de taux d’insémination, de diminution de production laitière, de diarrhées, d’aug­mentation du nombre de cellules somatiques dans le lait ou de l’incidence de certaines pathologies telles que les boiteries, les mammites, ou encore les troubles de la reproduction (pour d’autres études de cas, consulter l’article « Les mycotoxines chez la vache laitière » paru dans Science & Solutions n°13).

3. La capacité de détoxification par le rumen varie énormément

Le fait que les vaches soient moins sensibles aux mycotoxines que d’autres espèces est lié à la dégradation de ces agents pathogènes dans le rumen. La biotrans­formation de diverses mycotoxines dans le rumen se fait par l’intermédiaire de certains micro-organismes (comme les protozoaires par exemple) capables de métaboliser certaines mycotoxines. Alors que certains chercheurs ont émis l’hypothèse selon laquelle certaines mycotoxines pourraient se dégrader à 90 %, les estima­tions varient énormément et sont différentes pour chaque mycotoxine. Plusieurs études ont montré que la présence de certaines mycotoxines avait un impact négatif sur les micro-organismes contenus dans le rumen, les privant de leur capacité de détoxification.

4. Dans certains cas, les mycotoxines peuvent devenir plus toxiques dans le rumen

La transformation des mycotoxines dans le rumen n’inhibe pas toujours leur action toxique. Prenons l’exemple de la zéaralénone métabolisée en α- et ß-zéa­ralénol par l’intermédiaire de protozoaires : il a été démontré que la forme bêta constituait un métabolite moins toxique, alors que la forme alpha générait un composé à l’action oestrogénique encore plus puissante que celle de la zéaralénone elle-même.

5. Une ingestion plus importante laisse moins de temps pour la détoxification ruminale

Le niveau de dégradation de la zéaralénone dans le rumen semble étroitement lié au niveau d’ingestion et au temps de rétention ruminale des aliments qui en résulte. Les vaches laitières hautes productrices dont la consommation journalière atteint 26 kg de matière sèche ont un rendement plus élevé, ce qui réduit le temps alloué à la détoxification.

6. Toutes les mycotoxines ne peuvent pas être détectées par les méthodes classiques

Les méthodes d’analyse classiques (HPLC, ELISA) ne permettent pas de détecter les mycotoxines masquées (formes conjuguées liées à des protéines ou à des sucres). Lors de la digestion, les enzymes intes­tinales peuvent séparer les mycotoxines masquées et les mycotoxines principales sont alors libérées. Après leur libération, elles peuvent devenir toxiques pour l’animal.

7. L'acidose limite le fonctionnement du rumen

L’acidose aiguë ou sa forme subclinique est un problème bien connu chez les ruminants. Il s’agit d’une diminution du pH dans le rumen, souvent observée chez les vaches laitières hautes productrices, notamment en cas de modification de la ration ou en présence de situations stressantes qui altèrent la flore ruminale et entraînent une dysbiose. On suppose qu’en cas d’acidose, le nombre de protozoaires (principaux agents de dégradation des mycotoxines) diminue, ce qui altère la capacité de dégradation dans le rumen. Par conséquent, une quantité plus importante de mycotoxines parvient à atteindre l’intestin et à exercer son action toxique.

8. Plusieurs facteurs peuvent limiter la capacité du rumen à détoifier les mycotoxines

Le tableau 2 liste les différents facteurs pouvant influencer la détoxification des mycotoxines par le rumen. Pris séparément ou considérés ensemble selon les circonstances, ils peuvent conduire à une exposition aux mycotoxines plus importante encore, et à des effets plus lourds sur les animaux et leur production.

Tableau 2: Facteurs limitant la désactivation des mycotoxines dans le rumen

FacteurDescription
Ingestion élevéeUne vitesse de passage dans le rumen élevée diminue le temps disponible pour la détoxification
Dégradation par­tielle/défavorableMétabolites plus toxiques libérés dans le rumen
Mycotoxines masquéesAugmentation de la biodisponibilité de la mycotoxine principale
Plusieurs mycotoxines dans le rumenLa capacité de dégradation des micro-organismes présents dans le rumen est moins importante
AcidoseLa dysbiose se solde par une baisse de la capacité de dégradation du rumen

Source: BIOMIN

9. Se protéger à l'aide d'un anti-mycotoxines à large spectre

Plusieurs moisissures fréquemment retrouvées sur le terrain produisent différentes mycotoxines aux effets délétères sur la santé et les performances des vaches laitières. Les mycotoxines peuvent être réparties en plusieurs groupes de structure diffé­rente. Le programme de gestion du risque mycotoxines initialement mis en oeuvre pas notre éleveur laitier visait à lutter contre les aflatoxines. L’adoption d’un programme complet associant plusieurs stratégies ou modes d’action permet de lutter contre un nombre plus important de mycotoxines.

10. La gestion du risque mycotoxines en 3 étapes

Un programme complet de gestion du risque mycotoxines comprend plusieurs étapes, à savoir la détection, la prévention et la réduction de la contami­nation. L’analyse régulière des matières premières et de l’ensilage peut aider l’éleveur à découvrir d’éven­tuels éléments susceptibles de menacer la santé de son troupeau. Une bonne gestion de l’ensilage est indis­pensable pour éviter le développement de moisissures et ainsi, la production de mycotoxines. L’utilisation régulière d’un agent de désactivation des mycotoxines constitue une solution à envisager. Il est essentiel d’opter pour une méthode adéquate de gestion des risques liés aux mycotoxines afin d’éviter toute perte, d’une ampleur imprévisible, et de maintenir le niveau de productivité de l’élevage laitier.

Pour toute information complémentaire, contactez l'auteur :

Simone SCHAUMBERGER 
Product Manager

BIOMIN Holding GmbH 
Erber Campus 1
3131 Getzersdorf, Austria

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